Xavier Seron, d'où vient l'idée du film ?
C'est
un peu le prolongement des courts métrages que j'ai fait avant. Le film
reprend le titre de mon tout premier court métrage que j'ai fait à
l'IAD, il n'était pas destiné à sortir des murs de l'école et qui était
déjà une sorte de réflexion à propos de la mort, sur le ton de l'humour
grinçant.
Le fait que Jean-Jacques était déjà là au tout début n'a-t-il pas aidé ?
Dans
tous mes films, Jean-Jacques s'y retrouve. Comme chaque fois,
l'expérience est plutôt plaisante. On récidive. Du coup, pour le long,
le personnage s'est vraiment construit en ayant Jean-Jacques en tête.
Avoir quelqu'un en tête, c'est à double tranchant. C'est bien aussi
d'écrire un personnage sans avoir d'idée préconçue, de pouvoir s'ouvrir à
la surprise. En même temps, c'était très intéressant de pouvoir
travailler ce personnage avec Jean-Jacques. Son personnage est un cousin
éloigné des personnages qu'il avait campé dans mes courts.
Jean-Jacques Rausin, pourquoi tournez-vous souvent avec Xavier Seron ?
Je
reprendrais les propos de Xavier. A partir du moment où l'expérience
était chaque positive, qu'il a à chaque fois des propositions
intéressantes, pourquoi pas ? C'est ce qui est sympa, un personnage se
construit, il est le cousin de l'autre et ainsi de suite. C'est super
intéressant d'aller de plus en plus loin. je ne me lasse pas, je suis
content donc je continue avec Xavier.
Xavier, vous voulez ajouter quelque chose ?
Ce
qui est intéressant, c'est quand on se connaissant, c'est un gros gain
de temps aussi. A plein d'occasions, on n'avait même pas besoin de
vraiment se parler. Un regard, des fois, suffit pour qu'on se comprenne.
Cela permet d'aller vachement plus loin. Je me permets de demander à
Jean-Jacques plus de choses alors qu'avec un autre, je prendrais plus de
gants. Je mettrais un peu plus de temps pour y arriver avec un comédien
que je ne connaîtrais pas. C'est un petit avantage.
Jean-Jacques, vous refusez de temps en temps les propositions de jeu de Xavier ?
C'est
très simple, ce n'est pas que je refuse, je fais les gros yeux, parfois
je dis oh mais... Et puis, il suffit qu'il me caresse dans le sens du
poil (rires).
C'est bizarre, des fois, je demande d'aller
plus loin et je me rends compte alors que c'est trop loin. Je n'ai pas
l'impression de refuser des trucs.
Xavier, pourquoi le noir et blanc ?
C'est
vraiment une question de goût. J'adore le noir et blanc. Ce sont
surtout des photographes qui m'inspirent pour l'image: Anders Peterson,
Dedo Moriama, ... Ils travaillent des noirs et blancs très contrastés.
En fait, ça permet un travail sur la texture, sur le côté graphique des
choses. Quand je dois d'expliquer le noir et blanc, je prends cette
image d'un paysage et on prend le même paysage sous la neige, c'est le
même paysage et quand il a neigé, il y a des choses qui apparaissent
qu'on n'aurait pas vu et qui disparaissent. C'est une métamorphose qui
est magique. C'est ça, le noir et blanc. Cela fait surgir des choses que
l'on ne verrait pas en couleur.
Le choix de Myriam Boyer ?
Elle
a lu le scénario, elle s'est dit qu'on pourrait se voir. A ce
moment-là, elle était du côté d'Avignon, nous, on venait de quitter
Avignon, j'ai dit qu'on devait y retourner. Et V-voilà ! Elle avait
vraiment envie de faire ce film, elle voyait très bien où je voulais
aller. Elle savait que ça n'allait pas être une partie de plaisir pour
elle.
Jean-Jacques, votre avis sur Myriam Boyer ?
Je
vais être honnête. J'avais vu son travail surtout dans le film de
Blier, "Le Bruit des Glaçons" et j'avais évidemment vu "Série noire".
Comme comédien de bientôt quarante ans, j'ai toujours été fan de Patrick
Dewaere et quand on m'a parlé de Myriam qui avait joué avec Patrick, ça
m'a touché.
Lors du tournage, elle s'est avéré une super
partenaire. C'est une dame qui connaît bien le métier et puis, elle est
adorable sur le plateau. C'est un peu une maman.
Xavier, les conditions de tournage ?
Le
tournage en lui-même s'est bien passé, il y avait une bonne ambiance,
chacun était attentif à l'autre. Par exemple, Serge Riaboukine qui, de
façon subtile, remettait Jean-Jacques dans le cadre. Non pas que
Jean-Jacques n'en est pas capable mais il était tellement concentré sur
son personnage qu'il en oubliait le cadre.
Pour ce qui est
des finances, cela a été difficile. On a tourné une moitié, cela s'est
arrêté pendant quasi un an. On a repris avec la même équipe, celle-ci
était vraiment formidable parce qu'elle était au rendez-vous, un an
après. Vous imaginez les mêmes comédiens, la même équipe. Ce n'est pas
juste le discours on s'aime tous, je tiens à insister là-dessus, c'est
tellement vrai. Si je n'avais pas eu tous ces gens autour de moi, le
film ne serait pas là.
C'est important que "Je me tue à le dire" soit montré en festival (NDLA: le FIFF à Namur en 2015) ?
C'est
triplement important. D'abord c'est une petite histoire qu'on vit avec
le festival. "Rien d'insoluble", mon premier court métrage, a été
présenté ici en 2005. C'est gai de revenir avec un long. Et puis, c'est
formidable de le montrer au public, c'est un premier bain, on ne pouvait
rêver mieux. Ensuite, on espère que, grâce au festival, le film soit
mis en lumière, qu'il puisse vivre. Au moins, d'avoir une petite fenêtre
de diffusion.

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