Comment l'idée de "L'Exercice de l'Etat" vous est-elle venue ?
Je
crois que je n'aurais pas pu faire un autre film que celui-là. C'est un
projet qui mûrissait depuis longtemps, avant même "Versailles". C'est
la rencontre du cinéma et du pouvoir. Pas le côté pouvoir qu'on connaît,
qui transparaît à la télévision ou dans les articles de presse. Non,
non, le pouvoir qui agit, le pouvoir de ceux qui, un peu, tiennent notre
vie entre leurs mains. C'est cela qui me passionnait: interroger ces
décisions, ces actions, les limites de ces actions et l'euphorie que
peuvent avoir ces personnages à être dans l'action.

Pourquoi avoir choisi un ministre plutôt qu'un président ?
Un
président, c'est compliqué. Un ministre, c'est un éxécutant ordinaire
de la politique gouvernementale, surtout un ministre des Transports.
C'est pour cela que je n'ai pas pris un ministère trop gros comme la
Justice, la Défense ou l'Education. Ce sont des ministères à très haute
histoire politique. Les Transports, c'est un ministère assez simple qui
intervient plus dans notre quotidien.
Comment avez-vous imaginé le personnage de Bertrand Saint-Jean ?
Il
est venu peu à peu. Je voulais un personnage généreux, intéressant à
suivre. Assez crédible dans le côté animal politique. C'est pour cela
que ce n'est pas un personnage idéaliste, ce n'est pas un juste ou un
pur cynique, cela ne m'intéressait pas du tout. Je voulais quelqu'un qui
soit jeune, qui se construit sa carrière politique. Qu'on se dise qu'il
va rester assez longtemps dans le paysage politique.
Quand
on écrit, c'est très instinctif. Cela passe par des sensations. Il y a
telle chose qui vous séduit, qui vous amuse. Il y a tel moment qui vous
semble intense pour le cinéma. C'est comme cela que le personnage s'est
créé.
Avez-vous pensé tout de suite à Olivier Gourmet pour le rôle ?
Non,
c'est venu par après. J'écris sans penser aux comédiens. Après, une
fois que le film commence à se monter, à exister, on a commencé à
chercher avec Renée Guichard, ma casteuse. Nous avons dressé des listes
de comédiens avec nos envies communes. J'ai rencontré beaucoup de
comédiens et peu à peu, le choix d'Olivier s'est imposé.
N'est-ce pas ironique que ce soit un Belge qui joue un ministre français ?
Au
début, ça me gênait. Et puis, en fait, le film est une pure fiction
donc on n'y pense pas. On voit un comédien. Olivier a une
cinématographie des deux côtés de la frontière, il est d'abord comédien.
Je ne dis pas qu'un comédien n'a pas de nationalité mais à un moment
donné, dans le jeu, c'est le comédien qui fait sa nationalité.
Le directeur de cabinet est joué par Michel Blanc, comment le choix s'est-il opéré ?
C'est
la même chose que pour Olivier Gourmet. Sauf que j'ignorais que Michel
Blanc avait envie de jouer ce personnage. Il m'a dit que si je lui avais
proposé de jouer le ministre, il ne l'aurait pas pris. Ce qui
l'intéressait, c'est de jouer le directeur de cabinet. Et cela, c'était
une belle surprise. Vous avez un comédien qui, d'emblée, a une envie du
personnage avant même l'histoire. Du coup, le travail avec lui s'en est
trouvé facilité.
Avez-vous tourné dans les lieux même du pouvoir ?
Oui,
dans des ambassades, à l'Elysée, dans l'hôtel particulier voisin du
ministère des Transports. Cela nous a beaucoup aidé à avoir confiance
dans ce que l'on raconte.
Comment les hommes politiques ont-ils pris ce film ?
Pour
moi, cette question n'est pas primordiale. Le premier spectateur du
film, ce n'est pas l'homme politique, c'est le citoyen. La question
n'est pas de savoir si les hommes politiques vont aimer le film. La
question est de savoir comment on peut avoir une image un peu plus juste
du politique. Je ne cherche pas une image élogieuse, rassurante ou de
connivence. J'essaie de faire d'abord un thriller et peut-être
d'approcher le fait politique dans ce qu'il y a de plus actuel.
C'est-à-dire la tension, le sentiment de catastrophe. C'est pour cela
que le film est un thriller. Nous vivons dans une époque difficile,
tendue. Mais qui est, en même temps, passionnante. Il y a beaucoup de
choses possibles. La politique est une chose qui naît, meurt et renaît
constamment.
Avec ce film, préparé de longue date, votre regard a-t-il changé sur la politique ?
Je
me dis qu'ils font un travail dur. ait beaucoup de mal, c'est le jeu
politicien. Alors que ceux qui entourent les politique, ceux qui
élaborent l'action ont encore une certaine croyance en la chose publique
et à l'intérêt général. Cela ne se voit pas toujours d'où un sentiment
de dépit. Il ne faut pas abandonner la chose publique.